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Noël à Boston [ONESHOT - Noël 2016] - [TERMINÉ]

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Mar 3 Jan - 1:55
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"Je vais rentrer pour les vacances, mes parents seraient tristes de ne pas me voir."


Assis sur le siège arrière de la voiture, Jake coulait un regard pensif sur le paysage qui défilait devant ses yeux. D'ici, Ilvermorny lui paraissait déjà si loin. Le retour au monde non magique était toujours très perturbant pour lui, comme pour beaucoup d'élèves ayant des parents non maj. C'était un peu comme un retour à la réalité. Un retour plutôt violent, il devait bien l'avouer. Trois mois s'étaient écoulés depuis la rentrée : une durée très courte en fin de compte. À l'école de sorcellerie, cela suffisait amplement à vous faire perdre toute notion du temps.

Thomas, son père, était venu le chercher dès lors que son fils avait pu le contacter. C'était toujours une bataille, même s'il ne se trouvait pas si loin de Boston. Il fallait quémander après un téléphone portable, ou bien un numéro standard prompt à bien vouloir appeler chez-lui. Jake avait bien envoyé un hibou à la maison, mais sa mère avait dû hurler. Elle n'appréciait pas vraiment qu'un oiseau pareil pénètre subitement dans le salon, lâche sa lettre et reparte. Son ainé se mettait volontiers à sa place : il y avait de quoi faire un bond de frayeur.

- Alors ? Comment s'est passée... l'école ?

Nous y voilà : les sempiternelles questions. Son père savait pourtant qu'il n'était pas un grand bavard sur la question. Retirant ses écouteurs de ses oreilles, le jeune homme poussa un soupir et se risqua à sourire. S'il ne répondait pas, inutile de dire que l'inquiétude serait de la partie. Autrefois, on lui posait cette question avec tout le naturel du monde. Aujourd'hui, on ne savait jamais comment aborder le sujet. Il suffisait d'entendre la façon dont ses interlocuteurs hésitaient à qualifier Ilvermorny d'école.

- J'ai eu de bons résultats, promit-il en se voulant rassurant, ça s'est bien passé. On a même eu un bal avant-hier, pour Noël.

- Ah, les bals de fin d'année... soupira son père, tu sais que j'ai invité ta mère lorsque nous étions au lycée ?

- Tu me l'as raconté des millions de fois au moins,
plaisanta-t-il en sortant de son inquiétude, d'ailleurs j'ai invité une fille cette année ! Elsie, je vous en avais parlé.

Thomas marqua un temps d'arrêt en même temps que la voiture s'arrêtait au feu tricolore. Son regard se fit surpris lorsqu'il dévisagea Jake dans le rétroviseur. Ce dernier répliqua par un sourire mi fier, mi complice. Qu'est-ce qu'il croyait ? Qu'il n'en aurait pas été capable ? Ben tiens !

- Attends que ta mère l'apprenne, elle sera fière de toi ! lança Thomas en riant, tout aussi fier que son aîné ait enfin fait un pas pour inviter quelqu'un à une soirée.

- P'pa... soupira Jake en secouant la tête.

Il n'y couperait pas : c'était une certitude. Cela dit, le jeune sorcier venait d'éviter le sujet des cours avec brio. Au moins, voilà qui occuperait les conversations de la soirée. Ce n'était pas un mal et ça éviterait que l'ambiance soit tendue en rentrant. Il avait envie de tout, sauf de voir le visage inquiet de toute la famille reprendre sa place. C'était ainsi qu'il les avait quittés après l'été et ça n'avait rien d'enviable.

- Comment va Colin ? demanda-t-il prudemment.

Silence. Thomas cherchait ses mots. Jake pencha la tête sur le côté pour mieux voir son expression. Son père passa une main dans ses cheveux et lui assura à la hâte que tout allait bien, sans rentrer dans les détails. Le jeune homme n'insista pas et reporta son attention sur le paysage urbain de Boston. D'accord, pas moyen d'aborder le sujet. Il était au moins certain que son arrivée ne ravissait pas tout le monde. Heureusement, ces vacances seraient courtes...



"Je ne resterai pas longtemps, c'est promis..."



Voilà ce qu'il avait annoncé à son frère, lorsque ce dernier s'était vu contraint de descendre au rez-de-chaussée pour l'accueillir. Leur mère, Abigail, tenait plus que tout à ce que tous deux continuent à communiquer, quand bien même l'entente était-elle fragile. Bonne patte, Jake se pliait à cette petite habitude sans broncher. Il se serait menti s'il avait affirmé ne pas vouloir parler à son petit frère. La réciproque n'était, en revanche, pas vraie. Sitôt les salutations d'usage terminées, Colin avait détourné la tête nerveusement et était remonté dans sa chambre. La seule proximité de son grand frère laissait penser qu'il craignait d'être blessé, ou attaqué.

- Il est un peu fatigué, justifia sa mère en suivant le cadet du regard dans les escaliers.

À chacune de ses visites, Colin était toujours fatigué. Il passait le plus clair de son temps enfermé dans sa chambre et n'en sortait que lorsque son frère se décidait à débarrasser le plancher. Noël allait être difficile à passer…

- C'est rien... souffla-t-il le cœur gros.

Sa mère nota la tristesse transparaissant dans ses prunelles brunes et lui caressa tendrement les cheveux, avant de le serrer dans ses bras. Abigail déplorait la situation que ses deux fils traversaient. Ce n'était pas faute d'avoir essayé d'arranger les choses. Colin voyait un spécialiste depuis son accident, censé l'aider psychologiquement. Hélas, qui aurait pu le sortir de son horreur en l'écoutant parler d'histoires d'écoles de magie, de grand frère dangereux désirant sa perte et de pouvoirs paranormaux ? Il n'y avait aucune explication à donner et ses parents n'avaient pas le cœur à l'envoyer ailleurs : après tout, il n'était pas fou et son aîné était bel et bien un sorcier. Thomas et Abigail étaient impuissants lorsque le plus jeune se retrouvait confronté à son frère.

Lequel ne savait plus quelle attitude adopter. Tout se passait nettement mieux lorsqu'il ne se trouvait pas à la maison et il le savait bien. Se séparant de sa mère, Jake fit mine de ne pas avoir été touché par cet accueil bref et annonça qu'il grimpait dans sa chambre. Ranger ses affaires : voilà qui lui permettrait de se changer les idées.

Sa valise derrière lui, le jeune homme gravit les marches sans se faire prier. Ses yeux s'attardèrent vers la porte derrière laquelle son frère se terrait, puis il passa son chemin très vite. Pas de présence oppressante, pas d'insistance. Jake franchit le seuil de sa chambre et referma la porte dans un soupir de soulagement. C'était comme si ses épaules pesaient des tonnes.

Ses iris bruns s'attardèrent sur la décoration. Sa décoration. Sa chambre remplie de posters de groupes de rock, d'affiches de cinéma et de figurines de films de Science Fiction, où du ménage avait été fait pour le dépanner. Son bureau était rangé, son lit fait depuis peu puisqu'une douce odeur de lessive s'en dégageait, sa guitare avait été posée sur son socle avec précautions et son placard contenait des vêtements pliés avec soin. Son père et sa mère veillaient toujours à ce qu'il rentre et puisse s'installer tranquillement.

Jake déposa sa valise sur le sol, près de son lit. Il aurait pas mal de vêtements à laver et de choses à faire. Principalement faire les magasins et trouver de quoi ravir ses amis pour Noël. Elsie et Hugo auraient droit à leur petit cadeau en rentrant, c'était sûr et certain. Pour cela, il aurait bien besoin de quelques conseils. Sa mère pourrait sans doute l'aider.

Tout en réfléchissant, le jeune homme s'approcha de son bureau et y découvrit un morceau de papier, près duquel une assiette de gâteaux avait été déposée. Quatre mots y étaient inscrits : "Bienvenue à la maison". Si la petite attention avait toujours eu le don de lui faire plaisir, Jake se sentait misérable en lisant le mot, cette fois-ci. Plus le temps passait et moins il se sentait le bienvenu à la maison. Son frère allait de mal en pis par sa seule faute et on le destinait à quitter les lieux dès qu'il aurait atteint la majorité. Pour le bien de Colin, il n'avait pas le choix.

Et si les choses empiraient et que son petit frère chutait brusquement avant ce délai ? Serait-il obligé de partir pour ne pas faire plus de mal à cette famille ? Aussi égoïste que cela puisse paraître, Jake était terrifié à l'idée que ça n'arrive. Si on lui demandait de partir avant… qu'est-ce qu'il allait devenir ? Repartir dans le monde des sorciers était envisageable, mais même là-bas, un mineur ne pouvait pas se déplacer à sa guise. Ce n'était pas possible.

Pourtant, le jeune sorcier envisageait son départ. Il aimait sa famille et leur pardonnait ce qui avait pu être dit sans éprouver de rancune… toutefois, il ne désirait pas entretenir ce climat d'angoisse encore longtemps. Il le savait, ce n'était pas une bonne chose. Il était le responsable de ce qu'il se passait et le vivait de plus en plus mal. Briser des êtres chers à travers une discorde sans fin n'était pas son but. Quant à imposer le choix entre un fils ou l'autre à ses parents, c'était non. L'idée lui avait traversé la tête et il l'avait chassée sans ménagement : sans faire mention du fait d'être un enfant adopté - ce qui n'avait jamais été un problème - il était l'anomalie qui parasitait leur vie non maj.

Jake avait conscience que tout était plus simple à Ilvermorny. Il vivait des aventures incroyables, côtoyait le danger et la magie, avait rencontré des gens extraordinaires… C'était son monde, le monde auquel il désirait appartenir. La question ne se posait plus depuis quelques temps, bien qu'il eut hésité au début. Comme tout gamin perdu, l'école de sorcellerie l'avait effrayé, avant de le fasciner et de le forger. En définitive, choisir de tout plaquer pour appartenir totalement à cet univers serait le meilleur choix de sa vie… Oui, mais voilà : Jake aimait beaucoup trop sa famille pour se décider.



"Oui, je m'occupe des animaux…"


Mieux valait trouver quelque-chose de "normal" à dire, lors du repas de Noël. Ses grands-parents, de loin les plus heureux de le revoir, n'avaient cessé de le bombarder de questions. Son grand-père maternel avait été vétérinaire par le passé, tout comme sa fille. Savoir que son petit-fils éprouvait l'envie de suivre leurs traces le ravissait. Jake en tirait une certaine fierté, il ne s'en cacherait pas, bien que les animaux en question ne soient légèrement différents des chiens et des chats que ses proches avaient pu soigner. Pour les plus âgés de la famille, Jake allait dans une école spécialisée, où l'on se formait directement à un métier. Le jeune homme se demandait comment ses parents avaient pu faire avaler une telle couleuvre à son grand-père, mais l'histoire semblait lui convenir.

Le dîner se passait plutôt bien. Les deux fils Peterson ne se parlaient pratiquement pas, mais personne n'osait en faire la remarque, comme chaque année, depuis quatre ans. Les grands-parents pensaient que tous deux s'étaient disputés, qu'il y avait peut-être une fille là-dessous, allez savoir ? Colin, lui, avait maintes fois dit à leur grand-père que Jake avait tenté de le tuer. Thomas et Abigail n'avaient pas démenti et s'étaient contentés de baisser la tête, dans ces moments-là. Que dire ? Seul leur grand-père ne cessait de répéter qu'il s'agissait d'un accident et que les jeux d'enfants étaient seuls responsables de ce qu'il s'était passé. Il n'aurait jamais pu croire son petit-fils capable d'un tel acte.

Il voulut bien intervenir durant le dîner, mais son épouse intervint pour lui demander de ne pas faire d'esclandres. Abigail aurait tout le temps de les rassurer plus tard, ne pouvant nier les faits pour éviter que le fils cadet perde les pédales si personne ne le croyait.

Jake débarrassait la table avec sa mère lorsque son grand-père vint le trouver dans la cuisine, refermant la porte pour que la conversation demeure entre eux. Le jeune homme et son grand-père avaient toujours été très proches. Si seulement son petit fils avait pu lui parler de toutes les créatures fantastiques qu'il côtoyait ! Il y avait tant à raconter ! Hélas, ce n'était certainement pas une bonne idée et l'aîné des Peterson le regrettait.

- Comment tu vas ? interrogea le grand homme au ventre rebondi. Je veux la vraie réponse, pas le sourire de façade.

Impossible de lui cacher quelque-chose. Ils s'entendaient trop bien pour que Jake y parvienne véritablement. Cet homme était une force de la nature qu'il admirait énormément. Que lui répondre ? Que dire ? Avait-il remarqué que son petit-fils était troublé ?

- Je vais bien, papy, tout se passe bien à l'école, répondit-il en fuyant son regard insistant.

- J'ai l'impression de voir cette famille plus triste à chaque visite,
fit remarquer le vieil homme en l'aidant à faire un brin de vaisselle, tu veux en parler à ton vieux grand-père ?

- Je t'assure, ça va.

La main de son grand-père alla se poser derrière sa tête et il l'attira contre lui gentiment. Jake fit de son mieux pour ne pas craquer. Il ne fallait pas parler de Colin, pas d'Ilvermorny, de rien. Il l'avait promis. Seulement voilà, il n'avait jamais besoin de mots pour faire comprendre à son grand-père que quelque-chose ne tournait pas rond. Celui-ci savait combien son petit-fils s'en voulait, après ce qui était arrivé à son jeune frère.

- Tu sais qu'on ne me la fait pas à moi, gamin, fit-il semblant de grogner en lui tapotant doucement le dos.

- Je sais, papy…



"Vous me manquez…"



La soirée ne s'était pas bien terminée.
Colin avait voulu aider à débarrasser les assiettes et ses pieds s'étaient pris dans le tapis du salon. Soucieux qu'il ne se fasse pas mal, Jake avait eu le malheur de le rattraper au vol. Sitôt ce geste accompli, le plus jeune s'était mis à pousser un cri et l'avait repoussé, lâchant la vaisselle sur le sol.

Putain de monstre ! T'es pas mon frère ! Retourne dans ton école de tarés ! Personne veut de toi ici ! T'as détruit ma famille ! Pourquoi tu pars pas ? Tu vois pas que t'as rien à faire ici ? Casse-toi ! Disparais, putain ! Disparais de ma famille !

Les mots s'étaient enchainés, les horreurs avec eux. Jake avait conservé un lourd silence, ne sachant quoi dire, ni comment réagir. Son frère n'avait cessé de le repousser, à tel point que l'aîné avait eu peur. Dans toute l'horreur qui transparaissait dans son regard, Colin avait levé le poing et il n'avait pas bougé. Pas un geste, pas un mot. Leur grand-père avait giflé le cadet sans lui laisser le temps d'agir, leur mère l'avait renvoyé dans sa chambre. Trop, c'était trop.

Après le départ de son petit frère, puis de celui de ses grands-parents, Jake n'avait pas adressé le moindre mot. Il termina d'aider à ranger sans rien dire, puis grimpa dans sa propre chambre. Dans celle de son frère, ce dernier avait mis de la musique à faire éclater les vitres des fenêtres. Tenter de lui parler était peine perdue. Le jeune sorcier ne pensait pas y parvenir et ça n'irait pas en s'arrangeant.

Une fois la porte de son refuge refermée, Jake s'était laissé tomber sur la chaise de son bureau. Posée devant lui, une enveloppe cachetée trônait près d'une pile de livres. La fenêtre était restée ouverte, au cas où un hibou aurait voulu s'y introduire. C'était chose faite. Le jeune homme referma, ignorant le froid qui s'était abattu sur la pièce et alluma la lampe qui surplombait le bureau.

Il reconnaissait cette écriture. Un petit sourire passa sur ses lèvres, le sortant un peu de la torpeur dans laquelle il s'était cloitré, jusqu'à la fin de la soirée. Il décrocha la cire et en sortit la lettre qui lui avait été envoyé.


" Jake !
Nous pensons très fort à toi. On espère tous les deux que tu as passé un bon Noël !
Tu sais, j'ai mangé trop de chocolat ce soir, j'ai un peu mal au cœur... Mais ça ne fait rien, parce qu'on s'est bien marré quand même. Je te raconterai en rentrant ! Je te promets qu'on revient vite. N'oublie pas, on pense fort à toi, on t'aime beaucoup.
Tu nous manques ! On se revoit bientôt."


Comment ne pas reconnaître Hugo ?
En voilà au moins deux qui avaient l'air de s'amuser. Jake se frotta les yeux d'un revers du poignet. Une photo de Lola et Hugo était jointe au petit mot, montrant ses amis en train de s'amuser et de faire signe avec de grands sourires. Comme toute photographie ensorcelée, l'image mouvante avait été figée dans le temps pour lui être envoyée. Le jeune homme relut les phrases à plusieurs reprises, ne serait-ce que pour s'imaginer le ton de sa voix… et se rendre compte qu'il aurait préféré être ailleurs que face à cette fenêtre.

Jake éteignit la lumière, laissant précieusement la lettre dans l'un de ses livres de cours, puis s'allongea sur son lit. Son "école de tarés" lui manquait atrocement, tout comme ces "tarés" qu'il appréciait et avec lesquels il aurait voulu passer ses vacances. Le garçon récupéra son écharpe, toujours accrochée à son lit depuis son arrivée et la serra contre lui de toutes ses forces.

Il n'avait plus la force de tenir le coup dans cette maison. Ça devenait plus dur à chaque fois. Le malaise ambiant, les non-dits, son frère et ses crises de panique, sa famille qui se faisait de plus en plus silencieuse lorsque ce dernier affirmait haut et fort qu'il n'était plus le bienvenu… Ses parents qui faisaient comme si tout allait bien, alors que ce n'était pas le cas...

Et pourtant, il s'agissait de sa famille… et il les aimait. Il les aimait beaucoup trop pour leur en vouloir. Après tout, le problème, c'était lui.
Jake ferma les yeux et étouffa un sanglot.

Il voulait rentrer.
Il voulait tellement rentrer…
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